Denis Pouppeville

 Denis Pouppeville est né au Havre en 1947 et dessine encore et toujours de curieux personnages, un monde intemporel, fou, tendre, baroque et burlesque. Il a illustré de très nombreux ouvrages. C’est un artiste discret qui parle avec enchantement du travail des autres et un peu moins du sien … Il est généreux dans sa vie et dans son travail pour notre plus grand bonheur. C’est celui qui donne à voir, à comprendre et à aimer. C’est un artiste rare et oh combien précieux dans ce monde de bruts (es) …
 

A Pouppeville, les ombres rient

Attention les voilà. Ceux de la cave et du sous-sol, ceux de nulle part et de jamais. Mangeurs de fumées grasses, banlieusards de l’existence. Les voilà qui paradent, effrontés, avec leurs trucs ridicules. Ils ont des becs crochus, des bonnets d’ânes, et tout leur est chapeau : bateau, oiseau, cafetière, chandelle, et allumée encore ! Tels ne sont plus que bustes vivants, d’autres ont des roues à la place des jambes. Et ceux dont les mains pendent au bout d’un ressort ! En voilà qui émergent d’un gibus, d’une marmite, d’une poubelle. Et les poissons ! Ils volent, ils fument, ils se perchent sur des balançoires, tout en causant, gentiment …

Tout ce petit monde est très remuant. Les mâles de la Tribu, en surnombre, sont hilares et piteux. A peine dégagés des replis de l’inconscient, ils sont imbibés de libido sournoise et de culpabilité. L’agressivité est pliée dans les sourires, et parfois, elle se lève, géante : voyez ce “Tueur de pauvres” au désespoir aveugle, terrifiant. Et puis voici les belles en majesté : “Victoire” resplendissante et coite au milieu de ses admirateurs agglutinés. “Divina” parée d’atours cruels, bec, aigrettes, gorge dangereuse. Elles sont les reines de ce peuple de falots effarés. Enfin, il y a les Grands Solitaires, monolithes rêveurs, attifés comme des patriarches : manteau de nuit chamarré d’orgueil, haillons.

Le monde de Pouppeville est balayé par le souffle impitoyable de la dérision et régi par une méfiance instinctive du pouvoir. L’individu s’y montre dans sa misère congénitale, hors des rouages de la machinerie sociale. L’imaginaire déferle avec une fantaisie effrénée, véritable nerf de la création, mais dans un registre affectif que les rouges et les noirs, les lueurs crépusculaires, grèvent d’éclats tragiques.

Le vrai pouvoir ici, le seul, est celui de la peinture, glorieuse, tyrannique et sainte. Merveilleux imagier, auteur d’une prolifique production de dessins et de gravures, l’artiste au fil des ans est devenu peintre, archi-peintre. L’intarissable flux narratif qui le caractérise est investi dans un travail de dissolution-incarnation picturale, aux fastes barbares : hautes-pâtes, fruits écrasés, moisissures, miel, sang, diamants. L’alchimie, en tous temps, reste étrangère aux puissances du jour.

Manuel Jover
 

Dans ce monde, il est des êtres rares, précieux, qui vous donnent à penser que l’on a bien de la chance de les connaître, de les fréquenter et honneur suprême, lorsqu’on est marchand de tableaux, de les exposer sur nos cimaises.

C’est d’ailleurs là notre unique bonheur en quelque sorte, franchir la porte d’un atelier, toujours mal chauffé, boire un mauvais café dans de pauvres tasses et puis surtout se taire et laisser notre regard se promener.

Tout est là, sans aucun artifice, il n’y a que peu de murs blancs, dépouillés, pas de spots directionnels, pas de cadres tapageurs, il faut souvent s’agenouiller, fouiller, aller chercher là bas derrière la petite gouache oubliée, la pochade cornée, la prendre en main, lui redonnant ainsi un souffle de vie que l’artiste traduit dans votre dos : “ha c’est vrai, je l’avais oublié, celle là”.

J’aime les artistes amoureux, de leur travail bien sûr, mais aussi de la vie qui les entoure, de leurs femmes, de leurs enfants et de leur prochain.

Il faut voir le regard et écouter les mains de Denis Pouppeville lorsqu’il parle de ses semblables, il connaît son sujet, il connaît et aime la peinture, il sait faire partager ces moments d’émotion que sont la lecture d’une œuvre comme personne. Il est toujours humble et reconnaissant. Pas de discours en revanche sur son propre travail et d’ailleurs qui en demande, je haïs les artistes qui écrivent sur leur peinture, ce n’est pas leur métier. Leur métier c’est l’atelier, cette solitude tant rêvée ponctuée par France Culture qui ânonne de bien sages pensées. Je n’ai jamais su comment un artiste pouvait mettre la touche finale à son tableau, c’est un très grand mystère pour moi, mais la chose est là, entendue, “celui ci tu peux le prendre, il est terminé.”

J’aime la peinture de Pouppeville pour ce qu’elle a de rare, d’intemporel, de magique et de mystérieux, de lugubre et d’inquiétant, de somptueux et de dérisoire. J’aime le fait qu’il ne triche pas, que tout est là, évident et sublime. Comment faire un choix ? Cruel dilemme tant tout se tient, chromatiquement et techniquement. On va déjà craquer sur ce petit format, sortir son chéquier tandis qu’il débouchera une bouteille et puis il nous offrira un dessin et on trinquera.

Dehors la nuit déjà, il faut songer à re-traverser le périphérique, serrant par-devers soi, la promesse d’une exposition à venir, d’un dossier de presse à écrire, de cette émotion superbe qu’il nous incombe, certes fort maladroitement, de faire voyager. Ce sera une belle exposition, Denis, Merci.

B. S.

Expositions personnelles
1980   Patric Hollington, Paris

1983   Galerie ponctuation, Rouen

           Sud-Architecture, Marseille

1984   Galerie de Sèvres, Paris

1985   Galerie Chapon, Bordeaux

           Galerie Le Salon d’Art, catalogue préfacé par Gilbert
           Lascault, Bruxelles

1986   Galerie Bernard Jagot, Saint Nazaire

           Galerie Marie Paccard, Paris

1987   Galerie de la Salamandre, Nîmes

1988   Galerie Le Salon d’Art, texte du catalogue
           par Jean-Baptiste Baronian, Bruxelles

           Mac 2000, Grand Palais, Paris

           Galerie Turlure, Le Havre

1989   Galerie Gastaud, Clermont-Ferrand

           Centre Culturel, Tinqueux

           Galerie Absidial, Nantes

           Galerie Eonnet-Dupuy, Paris

1990   Galerie Patricia Personne, Angers

           Maison des Arts, Laon

           Art Promotion gallery, Munich

           Galerie Chifflet, Nice

1991   Galerie Maguy-Marraine, Lyon

           Galerie Mangiapan, Lille

           Galerie Art Multiple, Toulouse

           Galerie de la Ferronnerie, Paris

1992   Galerie Eonnet-Dupuy, Paris

           Galerie Humus, Lausanne

           Galerie Le Salon d’Art, texte du catalogue
           par Michel de Ghelderode, Bruxelles

           Galerie Médicis, Besançon

1993   Galerie Eonnet-Dupuy, Paris

1994   Galerie Le Cercle Bleu, Metz

           Galerie Lefor-Openo, Paris

           Université de Picardie, Amiens

           Galerie Lillebone, Nancy

           Galerie Edery-Orthlieb, Neuilly

           Palais de la Bénédictine, rétrospective, texte
           du catalogue par Jacques Meunier, Fécamp

1995   Galerie Médicis, Besançon

           Galerie J.L. Devaux, Moulins

1996   Galerie Deprez-Bellorget, Paris

           “Dessins”, Galerie Béatrice Soulié, Paris

1997   “Humain, trop humain”, Le Cloître Saint André,
           Catalogue préfacé par Charles Maupas, Chartres

1998   La Manufacture des Œillets, Paris

           Le Salon d’Art, texte du catalogue par Denis
           Pouppeville, Bruxelles

1999   Galerie Lefor-Openo, Paris

           Mac 2000, Espace Eiffel, Paris

2000   Hôtel de ville, Guyancourt

           Galerie Eric Baudet, Le Havre

2001   Maison de la culture, Metz

           Galerie M, Paris

           “Les Eternels inconsolés”, Espace Jean de Joigny,
           Joigny

2002   Le Présidial, Quimperlé

           “Les Eternels inconsolés”, Est parisien, Paris

2003   Galerie Béatrice Soulié, Paris

           Galerie Ligne Treize, Genève

           “L’Esperluette”, Paris

2004   “Le Temps des assassins”, Ouvrage de Philippe
           Dereux, illustré par Denis Pouppeville, Galerie
           Béatrice Soulié, Paris et Galerie Claude Roffat,
           Marseille

           Galerie Eonnet-Dupuy, Paris

           Galerie Matara, Marseille

2005   “L’Esperluette”, Paris

           La Briqueterie, Amiens

           La Grand’rue, Poitiers

           L’Association Florence, Espace Commines, Paris

           Galerie Ligne Treize, Genève

2006   La Raffinerie, Montreuil sous Bois

2007   “Le journal de Jules Renard”, Galerie Béatrice
           Soulié, Paris

           “Sorcières, infantes et fées”, Tournai, Belgique

2008   Galerie Béatrice Soulié, Paris
Expositions de groupe
1985   “Le drapeau”, Galerie Le Salon d’Art, Bruxelles

1986   “Autour de Lionel Vinche”, Musée des Beaux-Arts,
           Tournai

           Les Hauts de Belleville, Paris

           Live Art Society, Tokyo

1988   “Il n’y a pas de mots sans images I”, Bibliothèque
           Wittockiana

           Fondation du Livre et de la Gravure, catalogue,
           Bruxelles

1989   Galerie Huit Poissy, Paris

           Galerie Detrait, Barbizon

           “Le voyage des immortels”, Galerie Bulloz, Paris

1990   Galerie de la Ferronnerie, Paris

           “Le Présent insolite”, Montbelliard

1991   Art Promotion Gallery, Munich

           Art Jonction international, Nice

           Galerie Lefor-Openo, Paris

           Galerie Art en mouvement, Paris

           Salon Comparaisons, Paris

           Galerie de la Ferronnerie, Paris

1992   Galerie Maguy-Marraine, Lyon

           Galerie 29, Paris

           “Milshtein, Livartowski, Pouppeville”, Galerie
           Eonnet-Dupuy, Paris

           Salon Comparaisons, Paris

1994   Musée de la Poste, Paris

           “A Barbés”, Manufacture des œillets, Paris

           “Le sexe des Anges”, Galerie Humus, catalogue,
           Lausanne

1995   “13 + 1”, Hôtel de Ville, Le Havre

           Fondation Coprim et Lefranc bourgeois, catalogue,
           Paris

           Abbaye de l’Epau, Le Mans

           Galerie d’Art Contemporain, Saumur

1996   Galerie Béatrice Soulié, Paris

1997   “Profession dessinateur”, l’Art du Creusot, catalogue,
           Le Creusot

           SAGA, Galerie Lefor-Openo, Paris

           “Les artistes travaillent du chapeau”, Galerie Lefor-
           Openo, Paris

           “La Déclinaison d’un mythe”, Galerie Treger, Paris

1998   Salon Comparaisons, Paris

           SAGA, Galerie Lefor-Openo, Paris

           “Itinéraire pour un collectionneur”, L’Art en
           mouvement et Andersen consulting, Paris

1999   “Il n’y a pas de mots sans images II”, Bibliothèque
           Wittockiana

           Académia Belgica, catalogue, Rome

           “Il n’y a pas de mots sans images III”, Bibliothèque
           Wittockiana

           Académia Belgica, catalogue, New York

           Galerie Lefor-Openo, Paris

           Galerie Agnès Bernard, Montbazon

2001   Espace Jacques Prévert, Mers les Bains

           Marché de la Poésie, Paris

           Salon Page, Paris

           Salon du Livre, Bruxelles

           “Les quarante ans du Daily Bul”, la Louvière,
           Belgique

2003   “Cabinet de Curiosités”, Galerie Béatrice Soulié,
           Paris

           Foire de Strasbourg, Galerie Eonnet-Dupuy,
           Strasbourg

           “L’Esperluette”, Paris

2004   “Au Nom du Rat”, Galerie du Rat Mort, Ostende

           “Les livres de François Ruy-Vidal”, Galerie Nicaise,
           Paris

           “Le Pluriel des Singuliers”, Espace 13, Galerie d’Art
           du Conseil Général des Bouches-du-Rhône, Aix-en-
           Provence

          “Tête à tête”, Musée Ingres, Montauban

          Artskool Paris-London project avec l’ENSAD, Paris

          Artskool Paris-London project avec l’ENSAD, Londres

2005   Artskool Paris-London project avec l’ENSAD, Lisbonne

          “Un posthume sur mesure” hommage à André François,
          Compiégne

          “Un posthume sur mesure” hommage à André François,
          Timisoara

2006   Salon Comparaisons, Paris

          “Un posthume sur mesure”, hommage à André François,
          Cluj-Napoca

          “Un posthume sur mesure”, hommage à André François,
          Bucarest

          “Un posthume sur mesure”, hommage à André François,
          Valence

          Galerie Artop, Roubaix

2007   Salon Comparaisons, Paris

          “Au-delà du corps”, biennale d’art contemporain, Aixe
          sur Vienne
Théâtre
1996   “Cul sec”, mise en scène et scénographie de Benoît
           Petit, d’après un texte de Denis Pouppeville, Maison
           de la Culture d’Amiens

2001   “Cul sec”, éditions Hermaphrodite, Nancy.
Collections
FRAC d’Ile de France

Willem Busch Muséum, Hanovre, Allemagne

Lefranc-Bourgeois, Le Mans

La Manufacture des Œillets, Ivry sur Seine
Livres illustrés
1985   Paulhan Jean, “La métromanie”, dessins, Ed. Le tout
           sur Tout, Paris

1990   Lascault Gilbert, “Histoires en forme de trèfles”,
           dessins, Ed. Seghers, Paris

1992   de Ghelderode Michel, “Pantagleize qui trouvait la
           vie belle
”, dessins Ed. La Pierre d’Alun, Bruxelles, 40
           exemplaires numérotés et signés

1992   Caligaris Nicole, “Dans la nuit de samedi à
           dimanche
”, 5 eaux fortes, Ed. Victor, Paris

1993   Calet Henri, “Beaux dimanches aux pieds blancs”,
           une eau forte, Ed. Les autodidactes, Paris

1994   Caligaris Nicole, “Trèfle à quatre”, une lithographie,
           Ed. Cheyne

1994   Pouppeville Denis, “L’Homme de Bulan”, 5 eaux
           fortes, ED Galerie Lillebone, Nancy. (42 exemplaires
           numérotés et signés)

1994   Calaferte Louis, “Ton nom est sexe”, 4 dessins, Ed
           les Autodidactes, Paris

1995   Pouppeville Denis, “A Bertaux”, 5 sérigraphies, Ed.
           Bertaux, Paris. (45 exemplaires numérotés et signés)

1998   Lequesne Paul, “Papa était un âne et autres contes”,
           dessins de Corneille, Licata, “Pouppeville”, Ed. la
           Différence, Paris

2001   Pachès Vincent, “Le temps qui ment”, préfacé par
           Françoise Coblence et André François, 25 dessins,
           Ed. Savon rouge, Paris

2003   Gilbert Lascault, “Histoire en forme de trèfle”,
           Editions des-lires, Paris

2004   Lionel Bourg, “Jardin de poupées”, Edition Fata
           Morgana, Fonfroide-Le-Haut

           Philippe Dereux, “Le Temps des assassins”, Editions
           Les Amis de l’Œuf Sauvage, Marseille.

           André Pierre de Mandiargues, “Les rougets”, Edition
           Fata Morgana, Fonfroide-Le-Haut

2005   Gilbert Lascault, “Charmeuses et fantoches”, Edition
           Fata Morgana, Fonfroide-Le-Haut

2006   Jules Renard, “Journal (extraits) 1887-1910”, Editions
           Les Amis de l’Œuf Sauvage, Marseille

2007   Lionel Bourg, “A fleur de peau”, Edition Fata
           Morgana, Fonfroide-Le-Haut

           Claude Roffat, “Barbe bleue”, Editions
           Gallimard-Jeunesse, Paris (en préparation)
Monographie
1985   Lascault Gilbert, “Denis Pouppeville”, Ed. A.B.
           Fouray et Aréa, Paris