Gilbert Pastor

 Gilbert Pastor est né en 1932 à Marseille, dans un quartier populaire où il vécut jusqu’en 1970, date à laquelle il s’installa avec sa mère à Aups en Haute-Provence. Autodidacte, dessinant et peignant depuis l’adolescence, Pastor rencontra en 1948, Boris Bojnev, peintre et poète russe révélé au début des années 60 par Alphonse Chave dans sa galerie vençoise.
Bojnev dénichait chez les brocanteurs, sur les foires et marchés populaires, ce qu’il appelait des “peinture naïves et primitives”. Selon ses propres expressions, “il les ranimait” créant pour chacune d’elles “un cadre spécial, une sorte d’aura personnelle”, les retouchait parfois. C’est ainsi que Gilbert Pastor entra “dans la religion de la peinture”.

Véritable fils spirituel de Boris Bojnev, Pastor garda longtemps une affection marquée pour les cadres faits de chiffons peints, de fragments de bois usés, patinés par le temps. En 1975, il fait la connaissance du marchand lyonnais Paul Gauzit, avec lequel il se lie d’une profonde amitié. Depuis, Pastor expose régulièrement chez lui.
 
… Pastor est bien bon. Il pourrait tout à fait se passer de nous et rentrer dans ses tableaux. On a l’impression parfois qu’il hésite, et le jeu de miroirs disposés autour de son chevalet doit être une bien grande tentation autistique. Et grande aussi doit être la tentation de reposer ses membres las (sous l’effet de la trop grande concentration imposée par l’acte de peindre) dans un de ces minuscules lits en fil de fer bricolés par l’artiste pour lui servir de maquette, qu’il complète avec quelques vagues cloisons en carton d’emballage. S’y coucher et y attendre ce moment fugace et terrible où le dieu visite la Pythie ?

Par chance, Pastor reste avec nous. Il campe sur le versant de la représentation, même s’il travaille opiniâtrement à en réduire la peau de chagrin. Et, de même que sa toile le fascine, elle nous aspire, à la manière d’un gouffre. Mais pas au moyen d’une imagerie traditionnelle, convenue, de l’angoisse et du vertige. Pas de symbolisme facile chez Gilbert Pastor. Pas de spirale, de siphon, de labyrinthe. Ses moyens d’expression sont plus orgueilleusement sobres. Il opère par l’intermédiaire d’un rigoureux et impénétrable intimisme, excluant toute univocité et surtout toute narrativité redondante. En ce sens, on peut le préférer à des peintres comme Balthus. Intimisme sordide et merveilleux des maisons closes, des boutiques obscures, des chambres d’hôtel anonymes, des salles communes à l’hôpital, dont il exalte la laideur hautaine, d’une tristesse achevée, ascétique, admirable.
Cet explorateur solitaire et minutieux des territoires arides de l’affectivité enfouie ne se livre pas non plus à la débauche des couleurs. Il la laisse à ceux qui, ayant peu à dire, s’arrangent pour le clamer. Aucun tintamarre chez lui. Une mélodie forte mais feutrée. Si sa palette est riche, tout se fond sur la toile en des tonalités feuille-morte, des ocres sages et légers, des verts assoupis d’où parfois perce la pointe émoussée d’un rebelle carmin, d’un bleu dur. L’ensemble donnant cette impression de terreau abondamment nuancé, chiné, que l’on retrouve sur les chandails affectionnés par Pastor. Son seul luxe est la lumière, dont il tire des effets métaphysiques et qu’il travaille comme un vieux maître hollandais, en combattant avec les armes de l’adversaire : brune et petit jour glauque en halo.

Pour finir, n’oublions pas que Gilbert Pastor est provençal. Provençal de cette “Provence noire” (selon le mot du poète André Verdet) qui est celle de Nostradamus, non celle des vacanciers déferlant vers les plages. Ici les maisons sont sombres, les ouvertures discrètes. On se protège de la chaleur, de l’insolation et de la publicité qui sont des poncifs de l’art ordinaire de notre temps. On se soumet sans se plaindre à la magie douce des vieux murs avares de clarté mais point de nostalgie.

A quoi bon répéter que Pastor aime les atmosphères confinées ? L’essentiel n’est-il pas qu’il nous tienne la main dans l’ombre ? On sort de son atelier bronzé, mais bronzé pour ainsi dire à l’intérieur. Par un soleil noir qui illumine notre cerveau et qui nous fait penser, sentir, nous recueillir intensément. Penser, sentir, se recueillir sont trois belles activités humaines avant d’être des fonctions ontologiques. Gilbert Pastor est le peintre des révélations obscurcies par la ouate des faux-souvenirs. Ce qu’il peint, peu s’en faut que cela préexiste au langage. Enfin un peintre pas bavard !

Jean-Louis Lanoux

Expositions
1977   Galerie Le Lutrin, Lyon

1981   Galerie Le Lutrin, Lyon

1982   MJC, Toulon

           La Touriale, Marseille

1984   La Villa R., Marseille

1985   Galerie Pierre Robin, Paris

1987   Galerie Le Lutrin, Lyon

1989   Galerie Philip, Paris

1990   Galerie Le Lutrin, Lyon

1995   Galerie Atys, Aups

           Galerie Philip, Paris

1997   Galerie Le Lutrin, Lyon

1998   Galerie Michel Luneau, Nantes

1999   Galerie Berlioz, Sausset Les Pins

2000   Galerie Remarque, Trans en Provence

           Galerie Béatrice Soulié, Paris

           Galerie Berlioz, Sausset Les Pins

2002   Galerie Berlioz, Sausset Les Pins

           Galerie Le Lutrin, Lyon

2003   Galerie Michel Luneau, Nantes

           Galerie Singulière, Forcalquier

2006   Galerie Béatrice Soulié, Paris

           Château des Templiers, Gréoux-les-Bains

2007   Galerie Ardital, Aix-en-Provence
Expositions de groupe
1977   Groupe “Art Présent”, Salernes

1979   “Expression Contemporaine”, Draguignan

1980   Salon, Fréjus

1981   “Formes Rituelles”, Château d’Ancy Le Franc

1983   Fondation Nationale des Arts Graphiques et
           Plastiques, Paris

1984   “Souvenir d’un musée à la campagne”, Château de
           Tanley

           Musée des Arts décoratifs, Paris

1985   Musée de Toulon, Toulon

           Centre d’art Contemporain, Forcalquier

1992   Centre d’art Contemporain, Forcalquier

1998   “Le Pluriel des Singuliers” - Actes Sud, Galerie d’Art
           du Conseil Général des Bouches du Rhône, Aix-en-
           Provence

1999   “Petites Baies et Grandes Fenêtres” - Actes Sud,
           Galerie d’Art du Conseil Général des Bouches du
           Rhône, Aix-en-Provence
Livres Illustrés

Editions Unes

1984   “Sur l’approche”, Pierre Albert Jourdan

1985   “Fable pour ne pas”, Bernard Noël

1988   “Extraits du Corps”, Bernard Noël

1996   “Chambre Intérieure”, Jean Louis Giovanmoni

Editions Marcel Ducel

1990   “L’ombre d’un cri”, Yves Peyre

1991   “Le cercueil”, André de Richaud, Collection Écritoire

Editions Lettres Vives

1992   “L’invention de l’espace” Jean Louis Giovanmoni

Revue   “Poésie 93”, Pierre Seghers