
| Cette arpenteuse de garrigue et autres décharges
sauvages, s’improvise quotidiennement archéologue et fouille
sous bois et tas de rouille. Sabrina Gruss y cultive son jardin intérieur
et creuse son imaginaire. Elle ne cherche pas, elle trouve, des petits
crânes de piafs ou des vieux verrous qui, entre ses mains d’alchimiste,
ouvrent des portes vers l’ailleurs. Son activité de glaneuse s’apparente à une quête d’identité et à une cynégétique mystique. Un je(u) de foi qui traque la mémoire et la trace pour récolter au fond de son tamis d’orpailleur, davantage que des sculptures, des créatures à fantasmes. Sabrina Gruss lèche les plaies d’un horizon en jachère, ressasse les liturgies d’aubes épuisées. Face à tout ce bestiaire révélé qui tressaute entre les tempes d’un lyrisme à la cisaille, son souffle original tient tête aux tatouages de l’ennui et aux fissures de l’enfance. “Si un jour tu vois qu’une pierre te sourit, iras-tu le dire ?” Interroge Guillevic. A sa façon sa création est un début de réponse. René Diez![]() A cause du chien qui chante. Et aussi du soir qui tombe là haut sur le plateau. A cause de cette silhouette qui se courbe, et gratte et renifle la terre et ses entrebâillements, la mousse et le limon fait de racines et d’alluvions A cause de ces linceuls argileux où nichent les os blanchis de l’oiseau. Grâce au silence aussi. Silence que brise le levant, quand le vert se conjuguant au blême redonne à la terre cette pulsation et qu’elle s’en saisit. Rien n’est furtif dans cette rencontre, Sabrina entremet le vibrant, pactise avec le déchirant. Cette bouleversante insolence veine ses créatures de terre. Supplique de la femme figée qui rayonne ou facétie de ce vieillard lacéré de dérision, paré de crin de chanvre et d’écorce. Rien n’est indifférence. La brutalité reste douce de cette main génitrice qui court sur la terre amollie, l’os alors se ré articule et le mouvement devient création. Etranges épousailles où le jadis vivant est réinventé pour le regard. Ses créatures pétries d’attente qu’elle donne à voir sont autant de paysages qui sont rendus à la lumière. Cette peuplade là caresse le rat, et bouleverse l’innocence. Parce que sur le plateau couronné d’Alpilles, au milieu des arbres, sa silhouette projette une ombre magique. La vieille chienne chante. Alors .. elle sculpte Francine Barois |

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